Voici l’analyse que je réalise systématiquement lorsqu’un patient consulte pour une douleur derrière le genou. Les causes ne se valent pas en fréquence : certaines sont très courantes, d’autres beaucoup plus rares mais importantes à reconnaître rapidement. Les pourcentages sont ceux que j’observe dans mon activité clinique à Paris, et correspondent globalement aux données retrouvées dans les séries publiées sur les douleurs du compartiment postérieur.
Le kyste poplité (kyste de Baker)
Il s’agit de la cause la plus fréquente, retrouvée dans environ 45 à 50 % des consultations pour douleur postérieure. Le kyste est une hernie de la membrane articulaire remplie de liquide synovial, souvent secondaire à une petite fissure du ménisque interne ou à une arthrose débutante.
Les signes les plus typiques sont une sensation de tension derrière le genou, une gêne en extension complète et parfois la perception d’une petite masse qui apparaît lorsque la personne se met sur la pointe des pieds.
Le diagnostic est immédiat à l’échographie, qui permet aussi de vérifier qu’il n’y a pas de phlébite associée. La majorité des kystes régressent spontanément ou après une simple ponction ou infiltration.
La tendinite ou l’irritation du muscle poplité
Cette cause représente 20 à 25 % des cas. Le muscle poplité est petit mais essentiel pour contrôler la rotation du tibia et stabiliser la descente. Les douleurs surviennent surtout chez les coureurs, les traileurs et les skieurs.
La douleur se situe en arrière–latéral, augmente lors des descentes et se réveille lorsque je teste la rotation externe du tibia. C’est l’un des diagnostics les plus sous-estimés alors qu’il est très fréquent dans les sports d’impact.
La contracture ou la déchirure des ischio-jambiers ou du gastrocnémien
Ces lésions représentent environ 15 à 20 % des douleurs postérieures.
Une contracture d’ischio-jambier provoque une douleur qui remonte vers la fesse et se réveille en fin de foulée. Le « tennis leg », qui correspond à une déchirure du gastrocnémien médial, se manifeste par un claquement soudain, une douleur aiguë derrière le genou et un hématome qui descend dans le mollet dans les quarante-huit heures.
Ce sont des causes bénignes dans la majorité des cas, mais qui nécessitent un diagnostic précis pour adapter la reprise du sport.
La lésion du ménisque interne (corne postérieure)
Cette cause représente 10 à 15 % des cas. La douleur n’est pas toujours ressentie dans l’articulation elle-même : elle peut irradier uniquement derrière le genou, ce qui explique que le diagnostic soit parfois posé tardivement.
Il n’y a pas forcément de blocage franc. L’examen clinique et l’échographie orientent, mais l’IRM reste l’examen de référence en cas de doute persistant.
Selon les études, les lésions méniscales dégénératives concernent jusqu’à 35 % des adultes au-delà de 45 ans, même sans traumatisme. Elles sont donc très fréquentes.
L’arthrose débutante
L’arthrose fémoro-tibiale ou fémoro-patellaire peut provoquer une douleur derrière le genou par le biais d’un épanchement qui vient alimenter le kyste de Baker. C’est un cercle vicieux : l’arthrose crée du liquide, le liquide remplit la bourse poplitée, le kyste se tend et devient douloureux.
Les études montrent que près de 40 % des genoux arthrosiques présentent un kyste poplité associé. Le diagnostic est simple à l’échographie et permet d’adapter le traitement.
La phlébite poplitée (urgence)
Cette cause ne représente que 3 à 4 % des douleurs postérieures dans un cabinet d’orthopédie, mais elle nécessite un diagnostic immédiat.
Les signes d’alerte sont un mollet gonflé d’un seul côté, chaud, tendu, avec une douleur qui ne diminue pas au repos. Les facteurs de risque incluent un vol long-courrier récent, la prise d’une pilule oestro-progestative, un cancer connu ou une immobilisation récente.
Dans ce contexte, j’organise toujours un écho-doppler veineux le jour même. C’est une urgence médicale.
Les causes exceptionnelles
Elles représentent moins de 1 % des cas. On y retrouve les anévrismes de l’artère poplitée, certains sarcomes ou tumeurs synoviales, ainsi que les névromes du nerf tibial. Ces causes sont trop rares pour être considérées en première intention mais doivent être évoquées si les examens habituels sont normaux.
En résumé
Dans 96 % des situations, la douleur derrière le genou est bénigne et se traite en quelques semaines. L’essentiel est de vérifier rapidement que vous faites bien partie de ces 96 %, et une échographie de cinq minutes suffit généralement pour le confirmer.