La plupart des douleurs internes du genou s’améliorent avec un traitement conservateur bien conduit : les études montrent qu’entre 70 et 80 % des patients soulagent durablement leurs symptômes sans chirurgie, en combinant adaptation des activités, rééducation et, si besoin, infiltrations ciblées. La clé est d’ajuster le traitement à la cause (ménisque, arthrose, tendons, ligament) et au niveau d’activité du patient.
Les mesures immédiates : soulager sans aggraver
En phase douloureuse, l’objectif est de calmer l’inflammation sans aggraver la lésion.
La première étape consiste à adapter les activités : réduire la marche prolongée, les escaliers, les torsions et les accroupissements profonds, tout en maintenant une mobilité douce (marche sur terrain plat, vélo d’appartement, natation).
En cas de douleur aiguë ou de traumatisme récent, le protocole de type RICE (repos relatif, glace, compression, élévation) reste une référence dans les 48–72 premières heures pour limiter le gonflement et la douleur.
Les anti-inflammatoires (par voie orale ou locale) peuvent être utilisés sur de courtes périodes chez les patients sans contre-indication, en association avec des antalgiques simples. Les recommandations actuelles insistent sur des cures brèves, à la dose minimale efficace.
Rééducation ciblée : le traitement le plus efficace
La rééducation est le traitement le plus efficace à moyen et long terme pour une grande partie des douleurs internes du genou, qu’il s’agisse de méniscopathie dégénérative, de surcharge du compartiment interne ou de tendinopathie.
Le travail repose sur plusieurs axes :
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Renforcement du quadriceps, en particulier du vaste médial (VMO), pour améliorer la stabilité et répartir les contraintes.
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Renforcement des fessiers et de la chaîne postérieure (ischio-jambiers) afin de corriger les schémas de charge et limiter la surcharge médiale.
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Travail de mobilité (souplesse des hanches, ischio-jambiers, mollets) pour éviter les compensations.
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Proprioception et corrections motrices (marche, course) pour stabiliser le genou en dynamique.
Les études montrent qu’un programme bien suivi sur 6 à 12 semaines permet une amélioration significative de la douleur et de la fonction chez une large majorité de patients, y compris en présence d’arthrose débutante.
Les semelles et adaptations biomécaniques
Les semelles orthopédiques et les adaptations biomécaniques ont un intérêt particulier en cas de surcharge médiale ou d’arthrose interne.
Chez les patients présentant un genu varum ou une arthrose fémoro-tibiale interne, des orthèses visant à décharger le compartiment interne peuvent réduire les contraintes et améliorer la douleur à la marche.
Chez le coureur, la correction d’une pronation excessive (choix de chaussures adaptées, semelles spécifiques) aide à diminuer les forces de torsion et à prévenir les tendinites internes.
Ces mesures sont surtout utiles lorsqu’elles sont intégrées dans une prise en charge globale : rééducation, gestion du poids, adaptation de l’entraînement.
Les infiltrations : quand elles sont indiquées
Les infiltrations ne sont pas systématiques mais peuvent être très utiles lorsque la douleur persiste malgré les mesures de base.
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Les infiltrations cortisonées sont surtout indiquées en phase inflammatoire aiguë (poussée d’arthrose, synovite, bursite douloureuse). Elles offrent un soulagement souvent rapide, mais doivent rester limitées en nombre.
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L’acide hyaluronique (viscosupplémentation) est proposé dans l’arthrose interne douloureuse, avec des études montrant une amélioration de la douleur et de la fonction sur plusieurs mois chez une partie des patients.
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Le PRP (plasma riche en plaquettes) est une option discutée pour certaines tendinopathies, les méniscopathies dégénératives et l’arthrose débutante. Les données restent hétérogènes, mais plusieurs travaux suggèrent un bénéfice sur la douleur et la fonction à moyen terme chez des patients sélectionnés.
Le choix du type d’infiltration dépend du profil du patient, du degré d’arthrose et des objectifs (soulagement ponctuel, retard de la chirurgie, amélioration fonctionnelle).
Quand la chirurgie devient une option
La chirurgie est réservée aux situations où le traitement conservateur bien conduit n’a pas permis de contrôler les symptômes, ou lorsque la lésion est manifestement instable.
Elle peut être envisagée en cas de :
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ménisque instable avec blocages mécaniques répétés,
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lésions traumatiques significatives (fissures complexes, association avec rupture ligamentaire),
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arthrose interne évoluée, chez des patients gênés au quotidien malgré un traitement bien suivi.
Selon l’âge, l’activité et l’aspect des radiographies, les options vont de la chirurgie méniscale (en préservant au maximum le tissu méniscal) à l’ostéotomie de réaxation, la prothèse unicompartimentale ou la prothèse totale de genou. Pour ces interventions, les séries publiées rapportent un taux de satisfaction élevé lorsque l’indication est bien posée.